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Yann FERGUSON - Docteur en Sociologie

Portrait

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04/12/2019

Docteur en Sociologie
Thèse soutenue en 2014 
Université Toulouse - Jean Jaurès
École doctorale TESC / Laboratoire CERTOP

(c) Yann Ferguson

Yann, qui es-tu ?

Je m'appelle Yann Ferguson, je suis originaire de Bordeaux mais j'ai vécu à Toulouse 15 ans sur les 20 dernières années, et j'y réside aujourd'hui. Je suis passionné de course à pied, et plus précisément de trail: j'aime courir au milieu de beaux paysages. Je suis aussi passionné par mon travail, qui rejoint souvent mes occupations sur mon temps libre: lire des ouvrages qui m'inspirent pour comprendre qui est l'être humain, notamment comment il vit en société.

Parle-nous de ta thèse !

Depuis quelques années, les gouvernements urbains incarnent leur politique dans la réalisation de quartiers associés au développement durable, à la lutte contre le réchauffement climatique ou encore à des objectifs de mixité sociale. Cette ambition implique de repenser les modalités de conception et de fabrication de la ville. D'abord, il faut enrichir la réflexion de nouvelles dimensions: des mobilités douces, des transports en commun, des emplois sur place, le respect de la biodiversité, de l'éco-conception, de la participation citoyenne, etc. C'est la logique "multi". Ensuite, il s'agit de penser comment chacune de ces dimensions interagit avec les autres. C'est la logique "inter". L'ensemble rend nécessaire la mobilisation de nouvelles formes de gouvernance. On appelle cela le projet urbain. Ma thèse étudie cette démarche de projet urbain, en mettant l'accent sur les "instruments" qui sont mobilisés par les acteurs pour le mettre en œuvre, le piloter, le manager. Ces instruments sont investis par leurs utilisateurs de vertus que j'appelle "médiations": ils contiennent des caractéristiques, un design, qui facilitent le passage des intensions à la concrétisation. Je montre enfin que ces médiations sont finalement davantage orientées vers la constitution d'un groupe de confiance que vers la production des choix, toujours susceptibles d'évoluer. Le projet urbain, toujours incertain car déterminé par un contexte en mouvement, se sécurise en fiabilisant les relations.

As-tu une anecdote sur tes années de thèse que tu souhaiterais partager ?

A quelques mois de ma soutenance, mon directeur me dit que je suis trop discret dans ma thèse, que j'ai un beau sourire (!) et que ma thèse ne sourit pas (!!). Il évoque alors la scène du "Cercle des poètes disparus" où les étudiants montent sur la table et hurlent "Oh Capitaine, mon capitaine". Il conclut en disant "montez sur la table, Yann!". Je reste perplexe pendant un moment. Je muscle alors ma conclusion, et surtout, je décide d'écrire les 3 dernières pages à la première personne du singulier. Trois semaines plus tard, il me dit que c'est bon...sauf les 3 dernières pages! La table était trop haute...

Quelle est ta profession actuelle?

Je suis enseignant-chercheur dans une école d'ingénieur, qui s'appelle l'Icam, un groupe international qui, depuis 130 ans, forme des ingénieurs conscients des enjeux sociaux, environnementaux et humains de leur métier. J'ai été recruté 3 ans avant la fin de ma thèse. D'abord, je suis responsable d'une équipe de 10 personnes, une partie vient des SHS, l'autre est composée d'ingénieurs de production. Mon job est d'assurer que tout va bien, que nous mettons les moyens en face des objectifs, que tout le monde est dans les meilleures dispositions pour bosser...bref, un travail de management. Ensuite, je dirige des projets de recherche financés sur appels à projet (surtout dans le domaine de l'urbanisme durable) ou par des entreprises qui ont des besoins. Par exemple, depuis plusieurs années, je travaille avec des entreprises qui s'intéressent à l'Intelligence Artificielle. Je crée pour elles des dispositifs de formation: ateliers, MOOC, vidéos... J'en profite pour écrire des articles sur le sujet. Par ailleurs, j'ai une activité de speaker international assez intense: Plus de 25 interventions par an, qui amènent une forte présence dans les médias. Pour tout cela, j'ai à mes côtés des étudiants en dernière année qui ont décidé de renforcer leur expertise sur mes domaines de recherche. Je suis donc chef de projet.


Quelles sont les compétences techniques et les compétences humaines (on parle aussi de soft skills) que tu peux clairement lier, avec le recul, à ton expérience de doctorat ?

Mon métier est hyper riche et mobilise trois principales qualités: la coopération, la connaissance et la créativité. La coopération, l'intelligence collective, je ne l'ai clairement pas vécu durant mes années de thèse, essentiellement solitaires, même j'ai beaucoup écrit dessus. J'ai essayé de comprendre comment se construit l'engagement dans un collectif. Aujourd'hui, je m'appuie dessus. La connaissance, c'est le cœur de la thèse. Après une thèse, on a peur de rien: lire 3 livres en un jour, écrire 40 pages en 3 jours, soutenir son propos devant un client ou un financeur, no problemo! La créativité peut se développer dans la thèse, même si cela dépend du goût de l'auteur pour le risque. Je pense que les sociologues peuvent être des acteurs importants dans un aspect lié à la créativité, l'innovation. J'ai dirigé de nombreux projets très techniques sur lesquels je n'avais pas de réelles compétences. Mais je portais une vision de la société.

Ça fait quoi d'être Docteur, au quotidien ? Est-ce que ça t'a ouvert des portes ? Est-ce que c'est une expérience que tu valorises ?

Au quotidien, dans l'environnement dans lequel j'évolue, à la fois école et entreprise, être docteur construit ma légitimité, une forme d'autorité intellectuelle. Je ne dirais pas que cela m'a directement ouvert des portes, mais que désormais, aucune n'est fermée. Récemment, j'ai été invité par le Sénat du Chili pour des conférences. Un voyage extraordinaire, invité, applaudi, partout où je me rendais. J'étais aussi entouré de prix Nobel. Les gens prenaient des selfies avec moi. Je suis le même qu'avant, mais être docteur change tout!

Que souhaiterais-tu dire aux autres Docteurs du réseau de l'Université de Toulouse ainsi qu'aux doctorants actuels ? As-tu des conseils ?

Le doctorat est l'épreuve intellectuelle ultime, je n'ai rien connu de plus difficile. Il ne faut pas non seulement être bon dans sa discipline, mais aussi avoir un mental d'acier! Mais c'est une réalisation personnelle unique, quelque-chose qui marque à vie, qui rend fier et qui transforme le regard des autres. Ensuite, je conseillerai de s'ouvrir aux opportunités en dehors du monde académique: les postes sont rares et c'est un monde paradoxalement un peu clos, rempli de personnes fascinantes et passionnantes mais qui n'ont jamais quitté l'école! En France, l'employabilité des docteurs est trop faible, mais c'est aussi un peu de notre faute!


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