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Delphine SORDES - Docteure en Physique et nanophysique et ingénieure système en R&D

Portrait

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05/06/2020

Docteure en Physique et nanophysique
Thèse soutenue en 2017
Université Toulouse Paul Sabatier
École doctorale SDM/ Labo du CEMES

Qui es-tu ?

Je suis Delphine SORDES. Je suis née et j'ai grandi à Toulouse, où j'y ai fait toutes mes études.

J'ai toujours été passionnée par la science en général et la nature. 

Petite, je voulais devenir vétérinaire et de fil en aiguille, grâce à des émissions comme "C'est pas sorcier" pour ne citer qu'eux, je me suis tournée vers l'électronique et la physique en particulier. En réalité, je n'aimais et n'aime toujours pas apprendre par cœur mes leçons. Or, la biologie et la chimie ont été longtemps synonymes de réalités qui n'ont pas obligatoirement une explication derrière (formules chimiques, noms de cycles, de cellules). Au contraire, les mathématiques et la physique ont une explication logique, démontrée derrière et ceci était plus simple pour moi à assimiler. De plus, la physique permet de mettre "la main à la pâte". Nous avions eu beaucoup de petits TP,  lors de cours donnés par des enseignants passionnés en collège. Ces sessions étaient mes moments préférés des journées de classes, car on voyait la cause, l'effet ainsi que l'explication qui allait avec.

Aller jusqu'au bout du pourquoi du comment a été ma motivation principale et, pour moi, le métier de chercheur aurait été la concrétisation de ma carrière. Le métier qui m'aurait permis de tenter de répondre pour faire avancer un peu la science. Donc, au lycée, je voulais devenir chercheur en physique et passer par l'université et pourquoi pas continuer vers le doctorat. Ce que j'ai finalement suivi, car, l'université de Toulouse avait à l'époque de très bonnes filières et d'excellents professeurs dans les domaines d'optique quantique, par exemple.

Je suis aussi passionnée de musique, mais c'est une autre histoire.

Parle-nous de ta thèse !

Ma thèse consistait à réaliser expérimentalement, des circuits électroniques (types transistor et processeurs informatiques) à l'échelle la plus petite qui soit : l'échelle de quelques atomes sur une surface. Aujourd'hui, ces circuits sont toujours de l'ordre de quelques millimètres carrés, soient plusieurs centaines de milliards d'atomes. L'étude théorique sur la fonctionnalité de ces circuits atomiques avait déjà été réalisée par l'équipe de mon directeur. Il ne restait "plus qu'à" concrétiser cette étude expérimentalement, grâce à un équipement de salle blanche unique en sont genre à l'époque: un microscope à effet tunnel à 4 pointes sous vide et à basse température. Cet environnement est nécessaire pour limiter la contamination extérieure et optimiser la manipulation atomique des surfaces. Les règles qui régissent le monde atomique sont bien différentes du monde classique dans lequel nous évoluons: la mécanique quantique gouverne essentiellement le monde des atomes.

As-tu une anecdote à partager ?

Comme anecdote, je pourrais vous faire part de mon séjour en Pologne, à Cracovie en particulier.

Une équipe là-bas devait m'aider et m'apprendre à concevoir des surfaces propres pour la réalisation de mes circuits. Cependant, nous étions les seuls à Toulouse à avoir l'équipement adéquat pour les analyser. Il fallait donc fabriquer ces échantillons et les ramener sur Toulouse, sous vide (pour éviter toute contamination extérieure) et donc le plus rapidement possible après fabrication. 

Je n'ai quasiment pas dormi la veille du retour sur Toulouse. Le séjour avait été très enrichissant, rempli de nouvelles choses et de temps passé en laboratoire.

Le matin nous avons dû transférer les échantillons de leur équipement sur place vers une balise ultra-vide préparée et nettoyée la veille (pour transporter les échantillons), de même que les échantillons. 

A partir de là, tout se jouait par hypothèse, espérer que rien n'ait été contaminé.

J'avais mon vol vers 15 ou 16h et je rentrais vers 17-18h directement au laboratoire. J'appréhendais le passage au check-in avec cette balise en acier dans ma valise… Si on me demandait de l'ouvrir? J'avais les documents officiels, mais bon, sait-on jamais. Tout s'est finalement bien passé sans encombre.

Tout a donc été très rapide jusqu'au CEMES : un maître de conférence sur place  m'a aidée au transfert sur notre équipement de salle blanche. Je suis rentrée chez moi vers 20h... le temps de retransfert des échantillons. Il fallait attendre le lendemain pour savoir si cette technique de transfert d'échantillons par balise "ultra-vide" entre deux laboratoires avait marché.

Quelle est ta profession actuelle? (quelles sont tes missions, que fais-tu au quotidien ou de façon hebdomadaire, comment vois-tu ton métier, comment es-tu arrivé·e là)

Je suis ingénieur système en R&D, sur les systèmes de surveillance avion (enfin j'étais, car aujourd'hui ma mission s'est arrêtée).

Nous sommes positionnés sur différentes missions de recherche sur les équipement de surveillance anti-collision, météo, intrus vus par l'avion. Ces projets concernent l'avion de demain. Nos missions consistent à rédiger des spécifications techniques, architectures fonctionnelles (l'impact et le rôle de l'équipement sur les autres fonctions internes de l'avion) et bien d'autres documentations de lancement et d'études de faisabilité de nouvelles fonctions surveillances pour l'avion. Ces missions aboutissent à des tests et installations sur prototype (main dans la main avec un fournisseur choisi) jusqu'à la validation par les services Airbus.

Ce métier se place au cœur de la recherche concrète de nouvelles technologies. On part d'une idée, on la développe, on la teste et on la réalise. 

 Je suis arrivée là car j'ai choisi la recherche industrielle (la recherche publique ne me convenait pas). Je suis passée par différentes reconversions, car je ne trouvais pas ce que je recherchais ou simplement, les entreprises ne m'ont pas acceptée chez elles.

Quelles sont les compétences techniques et les compétences humaines (on parle aussi de soft skills) que tu peux clairement lier, avec le recul, à ton expérience de doctorat ?

Technique : rédaction de rapports, synthèse, apprentissage relativement sans difficulté de nouvelles techniques, recherche et veille documentaire.

Soft skills : poser des questions plus facilement, aller vers les personnes dont les compétences nous manquent, curiosité, communication, enseignement, autonomie, méthode, adaptabilité.

Ça fait quoi d'être Docteure, au quotidien ? Est-ce que ça t'a ouvert des portes ? Est-ce que c'est une expérience que tu valorises ?

Quand on nous demande ce qu'on fait dans la vie et qu'on lance un 'je suis docteur en physique', alors oui c'est là qu'on réalise qu'on est quelqu'un avec un titre, un peu comme un avocat. Si on assiste à la soutenance de thèse d'un thésard en physique, alors le titre nous donne le droit de poser des questions. Nous sommes alors reconnus par le milieu et un peu admirés par certains de nos amis. 

Cependant, dans le domaine de l'industrie en France, c'est un peu différent. Une thèse ne peut être valorisé que comme CDD, finalement. Je n'ai pas trouvé de valorisation du doctorat uniformément dans toutes les entreprises, lors de mes entretiens d'embauche. Les écoles d'ingénieurs sont toujours mieux reconnues que les titres ou le nombre d'années d'étude. Il est possible que les entreprises ne soient pas assez sensibilisées sur ce qu'est une thèse. Ce n'est pas seulement des études après tout.

Cependant, une fois dans l'entreprise j'essaie mettre en avant ce titre, avec plus ou moins de réussite. J'ai envie de montrer que je peux m'adapter plus facilement que les collègues sortis d'écoles d'ingénieurs et apporter une vision des techniques un peu différentes, car je ne les ai pas apprises à l'école.

Que souhaiterais-tu dire aux autres Docteurs du réseau de l'Université de Toulouse ainsi qu'aux doctorants actuels ? As-tu des conseils ?

La thèse permet d'aller au bout de sa passion dans le domaine. C'est une expérience magnifique car elle permet d'avoir la vision du métier de chercheur au quotidien, mesurer le positif et le négatif. Même si cette expérience est courte et peut être prolongée via des postdocs, et au-delà de la vision parfois biaisée des unités de recherche, la thèse nous autorise, à nous, jeunes novices dans la recherche, à insuffler notre vision novatrice dans les laboratoires. Par la publication de nos travaux ainsi que notre thèse, nous participons activement aux avancées dans la recherche. Nous ne sommes plus derrière un gros livre à apprendre, nous sommes directement dans les laboratoires à appliquer et voir plus loin. 

Aux futurs doctorants, je ne ferais que leur recommander de se lancer dans une thèse, si le sujet les passionne et s'ils sont prêts à plonger dans une pseudo-bulle pendant 3 années. En effet, il faut être prêt à faire des sacrifices et la rédaction peut être longue, complexe et exigeante. La thèse, c'est la patience, l'aventure. Les résultats ne peuvent pas s'obtenir seuls, et sans résultat ni publication, il est impossible d'obtenir le titre. 

Au doctorants actuels, j'aimerais leur conseiller de profiter de tout ce qu'on leur propose (conférences, infrastructures du laboratoire, documentation, enseignements aux étudiants). En tant que thésards, vous êtes autorisés à plus de libertés qu'un chercheur car vous avez moins de responsabilités que lui. Donc il faut en profiter pour tout découvrir et vous chercher vous-même, oser, réfléchir à votre future carrière, tenter de vous projeter. 

C'est dommage d'abandonner en milieu de thèse, même si parfois on ne peut pas faire autrement. Mais aller jusqu'au bout, c'est se prouver qu'on est capable aussi de se challenger. Alors patience, vous y arriverez et, surtout, vous n'êtes pas seul. Les écoles doctorales sont faites pour vous soutenir. 

Vous pourrez toujours mettre sur un CV que vous avez mené à bien un projet de 3 ans : le vôtre.

Je voudrais ajouter que les thèses industrielles sont bien mieux valorisées en France. Donc si vous en avez la possibilité, préférez ces dernières.


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